-> Voilà un texte que j'ai écrit depuis très longtemps, que je comptais utiliser dans l'histoire au moment ou Andreas se remémore le jour où il a détesté sa mère pour de bon et est devenu cet être froid - j'en ai parlé dans le résumé de fin. J'aime beaucoup ce texte, alors je vous le met =)
Andreas :
La mère du petit garçon le regarde, ses iris trahissant une haine dévorante. Lui n’ose rien faire face à cette femme, intouchable par delà sa folie dévastatrice. Il se tient, recroquevillé sur lui-même, les bras enroulés autour de son torse pour se protéger. Il saigne, mais il n’y prête plus attention, ce n’est pas nouveau. Tout ce qui l’importe, c’est la fureur grandissante de sa mère qui hurle à s’en briser la voix. Elle lui crie des horreurs, les mots fusent et fendent l’air pour heurter l’adolescent d’à peine douze ans qui ne pleure même pas.
La jeune femme se met à craquer. Ses genoux heurtent le sol, et les larmes dégoulinent à flot sur ses joues pâles, alors qu’elle continue à maudire ce fils, statufié devant elle.
Les insultes qu’elle lui lance, il les entend, et chacune d’elles entaille un peu plus profondément n’importe quelle partie de son corps meurtri.
Les blessures phycologique mélangé au physique ne font bon ménage chez personne, Andreas ne fait pas exception à la règle. Petit à petit, ses épaules se voûtent, le poids des mots l’enfonce comme dans de vulgaires sables mouvants, et il ne cherche même pas à s’en extirper.
Il n’a plus peur des coups, il vient de les recevoir, et sait que sa mère ne va pas recommencer avant le lendemain, au moins. Non, il a peur de ce qu’il entend. Il ne veut pas réaliser ces paroles assassines, il ne peut pas les accepter. Jusqu’alors, elles n’avaient jamais eues une si grande importance, elles étaient simplement nécessaires pour accompagner les coups, mais jetées ainsi, simplement, c’est une toute autre affaire. Il les entend pleinement pour la première fois, les réalise, et cela le tue. Il ne comprend pas chacun des nombreux termes qui jaillissent de lèvres de la jeune femme, mais celui qui revient le plus souvent est « monstre ».
Elizabeth regarde son fils se tenir devant elle, et elle souhaite sa mort. C’est tout ce qu’il retient.
L’orage se calme petit à petit, la jeune femme rousse ne parle plus, ses cordes vocales ne sont plus capable d’émettre le moindre son. En revanche elle pleure toujours, en silence, secouée de sanglots violents qui la font trembler d’une manière démesurée.
Andreas laisse lentement glisser ses bras, le danger est passé. Seulement, quelque chose en lui est différent. Il ne vacille plus comme avant après une nouvelle et violente dispute. Il n’a plus envie de ravaler ses larmes, puisqu’aucune ne lui vient à l’œil. Il se contente juste de la fixer longuement se lamenter, se perdre dans une crise hystérique silencieuse, et le seul mot qui lui vient à l’esprit est « pitoyable ». Il ne veut plus souffrir, c’est terminé. Il décide soudainement que plus rien n’a d’importance. Il serre les poings dans un ultime effort, et brusquement, tout en lui se bloque. Une cage de fer se referme impitoyablement autour de son cœur, et la clé se perd quelque part où jamais elle ne sera retrouvée. Il a choisit sa voie, et se fiche du reste du monde.
C’est fini, il ne se laissera plus toucher par quoi que ce soit. Comme bien des personnes avant lui, il se mure dans une forteresse de glace. Cette femme, il ne veut même plus la haïr. A vrai dire, il ne veut plus rien ressentir du tout. Il se contente d’avoir pitié d’elle, parce que c’est le seul sentiment qu’elle n’arrivera jamais à tirer de lui, à présent.
Pire que froid, lentement, il devient réellement indifférent. Une seule réalité s’accroche à lui ; il est un monstre, né pour rappeler à sa mère les pires moments de son existence, et à sa mort, le monde ne s’en portera que mieux, libéré d’un immense poids. Donc la perspective de s’éteindre ne l’effraie pas. Rien ne l’effraie plus. Il se fiche de tout, si bien qu’il a même envie de rire en cet instant.
C’est terminé. Il est prédestiné à errer toute sa vie sans aucune émotions, et cela le satisfait. C’est terminé. Personne ne sera jamais plus capable de lui faire du mal, et mieux encore, il les blessera avant même qu’ils n’essayent. Et puis, s’il n’arrive pas à leur faire payer des dettes dont ils ne sont pas encore criblés, tant pis, ce ne sera pas grave. Puisque rien n’a d’importance.
Le petit garçon ouvre la bouche. Les mots s’échappent de ses lèvres sans qu’il ne la réalise vraiment, la seule chose qui l’importe, et dont il se délecte, c’est le ton qu’il vient d’employer. Froid et tranchant. Dénué de quelconque sentiment. C’est ce ton qui ne le quittera jamais plus.
- Pardon d’être un fardeau, maman, je regrette, lâche-t-il avec une sincérité effroyable.
Il s’excuse une dernière fois avant de se perdre entièrement dans les abysses de l’indifférence. Il ne demandera plus jamais pardon, puisque quoi qu’il puisse faire subir aux autres, ce ne sera pas grave.
Andreas se perd. Andreas s’est perdu.
Irrécupérable jusqu’à la fin de ses jours, qu’il espère proche.
FIN DU TEXTE.

Lumii
mar 25 aoû 2009 14:22