
Jake
En une matinée pluvieuse, deux jeunes gens se dirigent vers une maison bien connue. Cette maison c’est la mienne. La plus grande des deus silhouettes, c’est la mienne également. Une silhouette assaillie de toute part par des questions aux dards dévastateurs. Les doutes et les interrogations me mettent au supplice, et moi je ne sais pas quoi faire. A mes côtés se tient une magnifique jeune femme à la chevelure châtain. Une femme que j’ai laissé retomber dans mes bras dès l’instant ou je l’ai vue revenir. Par envie d’être pardonné, mais aussi par envie de l’avoir auprès de moi. Je crois, non, je suis sur que depuis que j’ai lâchement abandonné Tania à cause de mon incapacité à assumer, je n’ai jamais aimé de nouveau. La revoilà et je retrouve ce sentiment perdu. Non pas que je ne me le sois interdit, il à seulement été impossible pour moi de le ressentir.

Le ciel est gris. Les couleurs sont ternes. Un horrible goût amer traîne dans ma bouche et s’y éternise de manière vicieuse. C’est ça quand on se sent mal, non ? Le gout est âcre, la vision est amochée… Même les sons d’ordinaires agréables écorchent mes oreilles.
Je referme la porte derrière moi d’un geste mou et sans volonté, avant de me diriger d’un pas lourd vers le canapé pour m’y avachir. Juste après cette épopée, la démarche souple et légère de la jeune femme me tenant compagnie vient contraster avec la mienne sur le parquet de bois foncé.

Elle s’assied sur mes genoux et me lance un regard profond, comme elle le faisait toujours pour me remonter le moral. Ou du moins pour me montrer que je ne suis pas seul. Car j’ai parfois une nette tendance à le penser. Depuis que je suis gamin, la voilà ma phobie. Non, pas celle des araignées, pas celle des serpents, seulement celle d’un jour me réveiller pour ne trouver personne autour de moi.
Je repense à tous ces visages que je viens de voir et que je n’ai pas croisés depuis ce qu’il me semble être une putain d’éternité. Les traits doux, ridés et tristes de ma mère, le chagrin incommensurable de toute la famille qu’il me reste, ainsi que le regard plein de reproches de certaines personnes qui n’ont jamais cessé de me considérer comme l’assassin indirect de mon père et d’une jeune fille extrêmement proche de mon frère.

Ce matin, c’est le quatrième corps que l’on enterre dans ce cimetière, le quatrième corps qui puisse avoir une quelconque à mes yeux. Je ne peux m’empêcher de penser à maman. Elle a perdu deux de ses enfants. Elle a perdu son mari. Je suis le seul qu’il reste. Et j’ai encore fui à la fin de l’enterrement.
Je ne suis vraiment qu’un lâche. Un énorme lâche. La laisser seule dans son désespoir, c’est… Bas. Détestable. Comme si elle avait interprété mes pensées, Tania posa une main fraîche sur ma joue.
- Ne pense plus à ça… Me chuchote-t-elle. Tu as besoin de temps, tu iras la voir quand tu te sentiras mieux, d’accord ? Ca ne servirait à rien de la retrouver si toi-même tu es mal…
- T’as raison, je soupire. T’as raison, mais…
- Chut, mon chéri, me dit-elle doucement. Arrête de te torturer.
Arrêter de me torturer. Ce serait facile si ce n’était pas dur.
Shi'
jeu 19 jun 2008 21:06