
– Hé, Andy, il est quelle heure ?! S’affole soudainement Cloe.
- Euh… dix neuf heures trente, je lui réponds en lançant un rapide regard à ma montre. Pourquoi ?
- Mais faut rentrer ! Maman va s’inquiéter !
Je serre les poings à l’entente de ce mot. Je déteste qu’on me rappelle que cette source de traumatisme existe. Je la déteste à point nommé.
- On s’en fout de maman, je lui rétorque froidement, la lâchant soudain. Tu dors à la maison, comme ça tout baigne, et puis si elle s’inquiète vraiment, elle n’aura qu’a appeler sur mon portable. Objections ?

- Non ! Répond-t-elle avec un sourire. J’adore dormir chez toi !
Je lui réponds avec un sourire que je tente de rendre humain, en cachant la joie que me procure ces paroles. Je ne veux pas paraître trop émotif. Même devant elle…
- Dis, me demande-t-elle soudain, qu’est-ce qu’on attend, au fait ?
- Tu verras… je reste mystérieux, tout en scrutant la porte de la pièce.
J’espère qu’il va arriver bientôt. Je sais qu’il viendra. Je le connais par cœur, il va se pointer ici, juste parce que comme moi, la musique lui fait momentanément oublier ce qui le blesse. J’effleure sans vraiment m’en rendre compte les contours de ma guitare. Qu’il se dépêche… Je suis pris d’une violente envie de tout extérioriser. Et ne voulant pas craquer, je dois jouer. Mais pas sans lui. Aujourd’hui, il est prioritaire. Il est celui qui souffre le plus.

Comme pour répondre à mes désirs, j’entends alors une porte s’ouvrir et se refermer, puis des bruits de pas se rapprochent, et Jake entre dans la salle.
Plongés dans la pénombre, il ne nous voit pas, ni ma sœur, ni moi. Il se contente de s’approcher lentement du piano qui se trouve en face de l’emplacement de ma guitare. Se laissant lourdement tomber sur le sol, il appuie sur une note, au hasard. Une grave, très grave, qui se répercute en écho dans la pièce. C’est comme un signal. Je me lève, et passe ma guitare en bandoulière autour de mon cœur.
Je l’ai attendu. Pour avoir mal ensembles, tous deux enfermés dans une sensation de perdition incurable et uniforme.
Avoir mal ensemble…













Rah faut que j'arrête de rêver moi x3