
Je ne me retiens plus cette fois. J’éclate littéralement en sanglot, ne me contente plus de laisser couler les larmes. Oui, je veux vivre et aimer la vie, mais avant, je dois exploser, tout extérioriser… Quitte à faire savoir au monde qu’il n’est plus là. Mon frère, quand j’étais gamin, c’était tout pour moi. Avec mon meilleur ami, Andreas, c’était tout. Parce qu’à la maison, quand l’orage explosait, quand la mort d’une petite sœur fragile à survenue, tout était déréglé… Et tout allait mal. Tout était atroce. Tout était vain.
Mais lui, il était là, dans le noir, et ses paroles, je les entends encore. « Jake, ça va passer. Et puis si ça passe pas… Reste pas bloqué ici. Parce que c’est ici que ça ne va pas. Et tu verras, dehors, il fait beau… »

Oui, dehors, il fait beau. C’était ses mots. Et il avait raison… En sortant de chez moi, il faisait beau. Très beau. Et j’ai respiré.
Mon cœur est transpercé d’une flèche. Je m’en veux tellement… Je m’en veux tellement… Je m’en veux tellement…
Et le pire, c’est que je réalise parfaitement. Je réalise parfaitement qu’il est mort, parce que depuis que j’ai appris sa maladie, je m’y suis toujours plus ou moins attendu, inconsciemment. Pourtant, putain, c’est con à dire, mais… Il va me manquer. Je ne sais pas comment le dire autrement. Cette phrase me semble trop simple, trop commune pour être attribuée à un mort, cependant je n’ai aucune autre option. Aucune autre, qui ne soit aussi sincère et véridique. Il va me manquer. Terriblement me manquer. Me manquer à m’en déchirer l’âme.

- Jake… Lance alors Andreas d’une voix calme, perdant d’une manière surprenante toute sa froideur. Arrête de pleurer Jake… Ca sert à rien… Ca ne le fera pas revenir. Arrête de pleurer, Jake, arrête de pleurer…
Mon meilleur ami me connaît trop. Il sait très bien ce qu’il s’est passé sans que je n’aie besoin de le lui dire. Et ses paroles qui résonnent à l’infini dans ma tête. Soudain, elles me font exploser.
- Et pourquoi je ne pleurerais pas, hein ? Je lance durement. Parce que toi, tu es assez con pour croire que pleurer est une marque de faiblesse, moi j’y ai pas le droit ? MON FRERE EST MORT PUTAIN ! ET JE SAIS QUE RIEN NE VA LE RAMENER ! T’as pas le droit de nous imposer ton état d’esprit ! ON A LE DROIT DE PLEURER ! ON A TOUS LE DROIT DE PLEURER ! Parce que ça aide à avancer… On a tous le droit…

Les mots se perdent au fond de ma gorge, et y meurent. Un léger silence se fait sentir, pendant lequel je continue de me détruire la gorge, tandis que mes yeux versent des torrents de larmes. Puis, soudainement, Andreas me prend dans ses bras et me donne une étreinte brutale.
- Tu sais quoi ? Toi ton frère et ta sœur, sont morts, et le mien me hait… C’est moi qui suis mort à la place. On n’a juste pas de chance… C’est tout. C’est pas de notre faute. On a juste pas de chance…

Les paroles presque délibérément naïve de l’homme le plus brisé que je connaisse.
- C’est pas juste, je lance comme un enfant.
Nous ne sommes plus des hommes, là, tout de suite. Nous sommes à nouveau deux gamins qui ne comprennent pas pourquoi ils souffrent. Qui ne comprennent pas pourquoi la vie s’acharne.
- Chut… Pleure. Et regarde bien en sortant… N’oublie pas que dehors il fait beau.













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