
Un l’une de ces mains s’avance brusquement, se détache des autres. Toutes celles qui étaient là pour me leurrer disparaissent, et seul m’importe ce bras glacial mais puissant qui agrippe le mien pour me tirer vers le haut. Sans douceur, mais il est là, et il me sauve… Ce soutien, c’est celui d’Andreas…
Mon meilleur ami me relève du sol, brusquement, tandis que je me rends compte que je suis en train d’hurler, que je suis en train d’hurler, que les larmes coulent à flots et qu’elles ne s’arrêtent pas. Et ma gorge brûle, tire, explose.

Brûle, tire, explose… Et je veux qu’il en soit ainsi tout le temps. Parce qu’ainsi, je ne me préoccupe que de la douleur physique, sans que celle morale ne vienne interférer. Je veux voler, au dessus de toute souffrance, voler, voler, toujours voler, et ne plus jamais poser pied a terre. Je veux échapper au préalable de cette douleur qui s’apprête à mon ronger le cœur et me dissoudre l’âme, je veux pour une fois être celui qui s’en sort, et non celui qui plonge, je veux maintenant écouter les paroles que tu proférais dans le noir, lorsque tout allait déjà mal, lorsqu’on état gamins, et que tu disais ; tu verras Jake. Tu verras que tout va s’arranger.

Je veux te croire à nouveau et ne plus jamais déchanter, parce que maintenant, Alex, tu es mon seul espoir. Mon espoir mort, mais mon espoir quand même.
Je veux que la bulle qui te permettait de flotter aussi haut vienne me prendre à mon tour, pour savoir, pour connaître, rien qu’une fois, les sensations que toi tu pouvais avoir, te trouvait à des milliers de kilomètres au-delà du sol… Au-delà des douleurs inutiles, au delà des cris dévastateurs qui démontent nos corps et nos cœurs pour les éparpiller aux quatre vents… Au-delà de tout ce qui t’entraîne vers le bas. Di- moi Alex… Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ?
Alex ?... Pourquoi est-ce que tu ne me réponds pas ?Alex… Ou est-ce que tu es ? Alex… Ne me laisse pas seul... Alex, ne pars pas, s’il te plaît, ne pars pas, frère de mon cœur, de ma chair et de mon sang.

Et maintenant, c’est le noir complet. J’avance, tu sais, j’avance en solitaire désabusé, déchu en homme vaincu. Et les sens qui disparaissent petit à petit… Les sens s’en vont, je ne sens plus rien, ne ressens plus rien, ne sent le goût de rien, n’entends plus rien… Et bientôt je ne verrai plus rien. A moins que ça ne soit déjà le cas. Dis-moi, est-ce que c’est le couloir dans lequel j’avance qui est noir, ou est-ce que je suis devenu aveugle ?

Je ne sais pas Alex, je ne sais plus, et je ne sais pas quoi faire… Il y a beaucoup de choses que je devais te dire, que j’aurais dû te dire. Parce que je ne suis qu’un con, un con qui n’a écouté que ses propres anciennes souffrance lorsque tu as abandonné ta fierté pourtant si forte pour venir me demander pardon… Je n’ai rien su écouter, ni même entendre. Je ne suis qu’un salaud, un salaud déchiqueté, dissout, un salaud à qui l’on a volé une part de vie et d’espoir en lui imposant une mort à laquelle il a échappé, et dont il n’est pas responsable, mais un salaud quand même.

Dis-moi, m’écouterais-tu si je te disais que je te pardonne ? Oui, non ? Et puis après tout, qu’est-ce que j’ai à perdre ? Je te pardonne, Alex. Je te pardonne de tout mon cœur.
Et toi ? Est-ce que tu me pardonnes ? Est-ce que tu me pardonnes de t’avoir rejeté, et par-dessus tout, est-ce que tu me pardonnes de vouloir tout de même vivre, malgré ton absence ?...
Je suis désolé.













Pauv' Jake