
J’ai comme l’impression que tout se passe au ralenti. Le bruit du téléphone qui s’écrase contre le parquet paraît bien trop fort, bien trop lourd… Ma chute avant que mes genoux ne heurtent est bien trop longue, tandis que les sons normalement si clairs autour de moi ne sont plus que d’affreux bourdonnement, auxquels on a envie de hurler…
TAISEZ-VOUS !

Mais les mots n’ont plus d’importance, parce que plus personne ne les écoute. La mort ne les écoute pas, et ils passent, insignifiants au possible, sans doute pour nous rappeler à quel point nous sommes bas, à quel point nous ne sommes rien. Trop faibles, car nous connaissons la tristesse et le désespoir. Le monde n’est pas fait, et ne sera jamais fait pour la faiblesse humaine. Ce n’est pas normal d’avoir aussi mal… Aussi mal sans rien faire, absolument rien. Oui, les mots passent et ne changent rien en bien. Mais ils peuvent faire mal. Très mal. Trop mal.
Et maintenant rien n’a d’importance. Je veux tout mépriser, tout détester, parce que tout me l’a enlevé. Je veux punir, écorcher, bruler les responsable. Mais comment trouver un responsable, lorsque quelqu’un meurt à cause d’une tumeur au cerveau ? Il n’y en a pas… Il n’y en a pas… Il n’y en a aucun… C’est comme tomber dans un immense trou, et ne pouvoir se raccrocher à rien… Et dans ces moments là, alors que lui bruits continuent de bourdonner d’une manière insupportable, on a envie de crier ;
TAISEZ-VOUS, ET RETENEZ-MOI !

Mais les millions de mains qui jaillissent de nulle part n’attrapent jamais la mienne. Elles sont trop loin, et vont trop lentement, alors que la vitesse de ma chute s’accélère. Elles prennent un malin plaisir à rester hors de portée, à rester hors d’atteinte. Elles sont vicieuses, à l’image du monde…. Elles apparaissent pour nous permettre de regagner une simple lueur d’espoir, et puis elles ne nous touchent jamais, nous détruisant à nouveau avec une puissance encore plus forte. Et l’on crie. Indéfiniment. Et l’on a mal. Indéfiniment. Je tends les bras parce que je veux espérer… J’ai beau souffrir, j’ai beau avoir mal… JE NE VEUX PAS SOMBRER !
Je ne veux pas sombrer, je ne veux pas sombrer… JE NE VEUX PAS !

Rien ne m’y forcera, rien ne peut m’y forcer, rien ne pourra jamais. Je pousse un cri intérieur. Je tente de me raccrocher aux parois du gouffre dans lequel je tombe, mais elles sont trop lisses… Trop lisses et rugueuses à la fois. Je m’écorche les mains, mais je persévère… Il doit bien y avoir un moyen… Il doit bien y avoir un putain de moyen de ne pas tomber, de ne pas sombrer, de ne pas s’effondrer.
Plus haut. Plus haut. toujours Plus haut. Je dois remonter…
Et ces bruits indécis qui ne s’arrêtent pas, et retentissent avec de plus en plus de force…
TAISEZ-VOUS, ET RETENEZ-MOI !
RETENEZ-MOI !
RETENEZ-MOI, AVANT QUE JE NE ME BRISE EN ATTEIGNANT LE FOND !
RETENEZ-MOI !













