
C’est marrant, c’est vrai qu’à douze ans, on a une forte tendance à se prendre pour des hommes. Yeah, mate moi ça poulette, j’ai trois poils sur le torse !
C’est pathétique. Bref, petite digression avant de dire le plus important ; je les envie comme un dingue, ces deux là. Famille équilibrée, saine, et sans problèmes réellement destructeurs.
Leur mère est magnifique, leur père est beau gosse, ils ont du succès auprès des filles, même si Matt n’a pour l’instant accepté aucune invitation. Je me demande bien pourquoi, d’ailleurs, mais bon, après tout c’est son problème.

Mrs Killeen m’aime bien. Je suis rarement allé chez eux, mais à chaque fois que je m’y rends, elle m’adresse un large sourire avant de demander à ses fils s’ils ont passé une bonne journée. Ces deux là me disent qu’ils trouvent ça chiant, cette habitude qu’elle a pris, parce qu’à chaque fois ils répondent la même chose « Ouais, ça va. Le bahut, quoi… ».
Mais s’ils savaient ce que je donnerai pour que ma mère me pose ne serait-ce qu’une fois la question… Moi, quand je rentre du collège, je la trouve perchée sur sa balance.
« Merde, j’ai encore pris cent grammes ! ». Ou alors elle est scotchée à un magazine de mode où les mannequins faisant la couverture sont squelettique, et elle semble se demander si ce petit pantalon serait mieux en 34 ou en 36… Mmm, à la réflexion peut-être 34, le 36 risque de bailler un peu…

Ouais, je confirme, ma mère est obèse. Ok, bien sûr c’est exagéré. Même elle ne rentre pas dans un 34. Sinon, le reste, c’est la pure vérité.
Ca, Matthias et Jeffer ne peuvent pas vraiment comprendre… Comme ils ne comprennent pas non plus pourquoi je m’étonne lorsque je vois qu’ils partagent leur repas en famille. En général, ma mère va chez le traiteur, et je mange à part, pendant que mon père est pendu au téléphone avec ses associés, et que ma mère commande des fringues sur internet.
C’est jouissif, de bouffer chez moi, si, si.
- Vous voulez pas sortir un peu ? Propose Matt.

Je le reconnais bien là. Toujours à vouloir être au grand air… D’un côté, je le comprends. Cette maison me donne la gerbe. Je la déteste, je la hais, tout autant que j’aimerais pouvoir haïr les personnes qui l’habitent. Mais ça, c’est plus difficile. Parce qu’ils restent mes parents, malgré tout. Des parents qu’au final, je ne connais pas vraiment, mais bon, ils sont là…
- Ouais, on sort, j’acquiesce, plus qu’heureux d’avoir trouvé un prétexte pour sortir.
- Vous êtes relous, se plaint Jeff avant de nous emboîter le pas.
Je ne sais pas que c’est la dernière journée que je vis sans haïr le monde entier.

















c'est vrai qu'on se rend jamais vraiment compte de la chance qu'on a parfois.