
Clint
Je suis un môme, là. Je dois avoir onze ans, douze à tout casser. Un vrai gamin, en somme. C’est l’été, les grandes vacances, le moment ou il fait beau, le soleil brille, et les oiseaux chantent. Tant mieux pour eux. Moi, je sais pas chanter.
Assis sur le parquet de ma chambre, je suis entouré de mon meilleur ami et de son frère. Matthias et Jeffer. Ca me fait toujours rire de savoir qu’ils appartiennent à la même famille lorsque je vois Jeff presque noir durant l’été, et Matt, qui choppe des coups de soleils sur sa peau laiteuse à chaque fois qu’il passe un quart de seconde au soleil. Mais bon, je ne peux pas trop me moquer de ça, parce que je suis pareil. Mon père a eut la bonne idée de naître roux et pâle, et je l’ai suivi dans la lancée.

Mais c’est bien, quand même, l’été. Pas de cours, pas de profs, pas de devoirs, et pas de collégiennes attardées qui passent leur temps à vous suivre dans les couloir, glousser, et se croire discrète. C’est con, parfois, une fille. Elles se sentent incapable d’aller aux toilettes toute seule, par exemple. T’en a une qui veut y aller, dix autres suivent. D’un côté, ça peut paraître réfléchi ; on sait jamais, des fois que l’aventurière qui part se soulager seule se fasse attaquer par un macaque géant…
Mes pensées, puériles ? Bah quoi, j’ai douze ans à cette époque…
Bref, tandis que je philosophe seul sur l’espèce féminine, mes deux amis s’amusent à se lancer une petite balle, en instaurant une règle les interdisant de la toucher avec les mains… Un genre de foot, mais sans buts, sans joueurs et sans terrains.

Je les regarde d’un air morne. Comment font ces deux là pour toujours trouver quelque chose à faire, même quand ils se trouvent coincés dans le trou du cul du monde ? Non pas que ce soit le cas là, maintenant, tout de suite, mais bon… Je suis sûr que s’ils se retrouvaient seuls sur une île déserte avec pour seule compagnie une petite cuillère, ils trouveraient le moyen de délirer. Qu’ils sont cons, les frères Killeen !
Sans vraiment y penser, je me mets à détailler les
fringues de Matt. Jean Levis, quatre vingt euros. T-shirt sans
doute aux alentour de quinze euros, et veste d’à peu
près trente-cinq euros, les deux vêtements provenant
d’un magasin genre topshop. Le tout
s’élève à peu près à cent
quarante euros. Tout d’un coup, je pousse un
grognement.

- Matt, je grommelle.
- Quoi ? Lance celui-ci tout en continuant de
s’amuser avec son frère.
- J’ai recommencé, je lance d’un ton morose, tout en me tournant légèrement de façon à avoir mon dos collé au mur.
- Encore ? S’étonnent mes deux amis d’une même voix.
- Ouais… Mais merde, ça me saoule !
C’est vrai, quoi, c’est vraiment chiant. Depuis que je suis tout petit, mon père m’a élevé avec pour seule valeur, l’argent. Ma mère, c’est pareil. Elle préfère les boucles d’oreilles en or à son fils unique. Toute façon, ma mère, c’est une pute.












