
Lindsay
L’automne est là. Les feuilles tombent, jonchent le sol, afin de mélanger les couleurs ternes, mais chaudes. Les trottoirs en sont recouverts tout entiers, et des enfants s’amusent à faire voler ce que leur imagination confond avec des millions d’étoiles colorées. Ils jouent tous, plus ou moins innocemment, rient, plus ou moins sincèrement, aiment la vie, plus ou moins naturellement.
Il y a différentes sortes d’amour qui peuvent être perçues, même pour les enfants. Surtout pour les enfants. Ils ressentent mieux qui quiconque ce qu’il se trame autour d’eux. Ils comprennent tous les chemins qui mènent à l’amour. Ils savent que la façon de ressentir ce sentiment varie en fonction des personnes. Parce que c’est ainsi.

Les personnes fortes aiment fortement, les personnes faibles aiment faiblement, les personnes étranges aiment étrangement, les personnes sages aiment sagement, les personnes folles aiment follement, les personnes stupides aiment stupidement…
Et les personnes mortes n’aiment plus. Le cœur n’a pas besoin d’avoir cessé de battre pour cela. Il suffit d’être mort de l’intérieur.
Il suffit d’être mon frère.
Je m’avance vers la maison qui nous habitons. Nous sommes cinq. Quatre êtres vivants accompagnés d’un fantôme. Un fantôme de treize ans qui a troqué ses ailes d’anges pour laisser son corps s’effacer depuis un an, déjà.

Un an… Un an que je vois mon frère plonger en chute libre sans que je ne puisse rien faire… Non, en réalité, c’est faux. Il n’est pas en train de tomber… Il est déjà au fond du gouffre, l’a atteint soudainement, bien trop pour qu’on ait le temps de s’en rendre pleinement compte. Au moment de réaliser, il était déjà trop tard. Il n’aimait déjà plus rien.
Andreas est là, assis dans l‘herbe devant la maison, l’air pensif. Je me fabrique immédiatement un large sourire. Comme lui ne sourit plus, j’ai l’impression qu’en le faisait à sa place, il n’oubliera pas comment faire… Je sais que c’est naïf, comme pensée. Mais je n’ai qu’onze ans à cette époque. Je suis naïve.

- Hé, Andy, t’as pas cours non plus ? Je lance à mon frère qui lève les yeux vers moi.
- Si, répond-t-il d’un air indifférent.
J’écarquille les yeux, choquée d’apprendre que mon frère sèche les cours. Moi, je viens d’entrer en sixième. Une seule minute de retard en classe me paraît impensable. Lui, il fait partit des plus grand. Il est en quatrième. Quand je croise ses copains, ou du moins ceux avec qui il passe le plus clair de son temps, je me contente de baisser les yeux et de filer dans un autre couloir. Je n’aime pas me retrouver avec les grands, même s’ils ne m’embêtent pas. Parce qu’Andy le leur interdit. C’est Drake, un ami à lui qui me l’a dit. Évidemment, ce n’est pas vraiment le genre de chose que mon frère m’aurait avoué…













=D