
Certains jours, il arrive aux gens de vouloir se souvenir. De tout, de rien, de se laisser submerger par le passé. Dans ces instants là, rares sont les souvenirs heureux. Ces moments de silence sont destinés à ramener la souffrance à la vie, si celle-ci semble s’être endormie trop longtemps. Parce que tant qu’elle a encore lieu d’être, la douleur ne s’en va pas. Elle se cache, reste tapie dans l’ombre quelques jours, peut-être même quelques mois, avant de ressurgir avec une force surhumaine et blessante.
Le malheur est vicieux, en plus d’être accablant. Rien ne disparaît jamais vraiment, excepté le bonheur. Oui, celui-ci s’en va, s’échappe, fuit. Loin, trop loin. A jamais.
Aujourd’hui, quatre personnes se souviennent.

Lindsay Young, qui se remémore les souffrances de son frère aîné, engendrées par son cadet. Elle se demande si elle aurait pu changer quoi que ce soit, durant leur enfance, si elle aurait eu une quelconque emprise sur eux, en choisissant d’intervenir…
Elle se demande si elle aurait pu sauver son aîné de cet univers dont il est prisonnier…

Sheldon McQueen, qui arrive à mêler bonheur et passé désastreux tout en s’en sortant indemne. Lui qui est certain d’avoir tout surmonté et qui se laisse souvent rattraper… Bien trop souvent. Mais lui qui fuit exagérément ne peut que se laisser prendre par la tornade d’événements qui le rattrapent. Il n’a plus d’autre issue que de céder, parfois, à ce qu’il veut effacer de son esprit.

Clint Lawson, qui se questionne, chaque jour un peu plus, qui se demande s’il ne devrait pas tirer un trait définitif sur le passé, ce passé qui l’a tant pourri, et qui lui a empêché d’aimer en temps voulu. Cette immense barrière qui parfois se dresse, entre lui et les autres, et qui lui interdit presque de s’ouvrir à tout autre sentiment que la morosité.

Jake Williams, qui a troqué tout souvenir contre la vie présente, mais qui parfois ne peut s’empêcher de se rappeler… De penser à ceux qu’il a dû oublier à contre cœur, et qu’il aime, plus que tout au monde. Ou presque. Ces personnes qu’il n’ose même plus rappeler, par peur, et par honte, bien qu’il sache qu’il n’a pas grand-chose à se reprocher… Non, lui non plus, n’a pas oublié.

Et chacun de leur souvenir est unique. Chacune de leur pensée présente leur fait du mal. Et chacun d’eux va se relever. Parce que tous autant qu’ils sont, tous en ont assez de vivre de cette manière. De geindre, de se lamenter, et de pleurer sur leur sort. Tous veulent avancer. Et pour avancer, il faut d’abord souffrir.

















