
Puis, sans un seul mot à notre adresse, le jeune homme blond prend la main de celle qu’il vient d’embrasser avec un amour artificiel, et l’entraîne vers l’extérieur. Un sentiment de soulagement mais aussi d’amertume s’empare de moi. Certes, ils n’ont pas pris la direction de la chambre. Certes, il n’a pas l’air de vouloir coucher avec elle comme un pauvre mec en rut. Mais il s’inquiète pour elle. Il a vu que quelque chose n’allait pas bien, et ça le préoccupe… Il tient à elle. Vraiment. Sincèrement.
Alors pourquoi prétend-t-il se foutre de tout ? Cette question en laisse naître une autre dans mon esprit. Une, bien plus folle et idiote.
Se fout-il vraiment de moi, ou est-il simplement en train de prétendre ?... Je ne sais pas. Je n’ai pas envie de me torturer, et pourtant… Cette question m’obsède. Pour la première fois, je n’ai absolument aucune réponse. Même pas quelque part au fond de moi-même. Nulle part. Absolument nulle part.

Un silence de mort s’abat sur nous comme une fatalité qui s’impose. Personne ne dit rien, mais j’ai parfaitement conscience que les regards des trois hommes présents dans la pièce pèsent sur moi comme une enclume. Surtout celui de mon frère.
Pourquoi ne suis-je pas capable d’aimer une personne inoffensive ? D’abord Keith, et maintenant lui… Sans oublier Diego. Bien que je n’ai éprouvé rien d’autre pour lui qu’un immense besoin de soutien. Aucun amour en vue. J’avais vraiment cru que ce sentiment avait été détruit, anéanti par les horreurs de Keith… Et je me rends compte que j’avais à moitié tort. A moitié seulement, car je sais bien que plus jamais je ne serai capable d’aimer d’une manière saine et vierge de toutes complications au-delà du naturel.
- Lily… murmure alors Kendall.

- Arrête ce surnom tu sais très bien que je le déteste, je lui coupe froidement la parole.
Il se renfrogne, alors que je me lève impulsivement, en même temps que Matthias. Celui-ci se plante devant moi et me fixe avec un faux air désespéré.
- Ma pauvre, qu’est-ce qu’on va faire de toi… Lance-t-il en soupirant.
Je le regarde quelques secondes à peine, et constate avec surprise que ma fulgurante envie de lui coller mon poing dans la gueule s’estompe pour laisser place à un sourire en coin. J’émets un petit rire qui détend considérablement l’atmosphère. Matt pose une main rassurante sur ma taille et sourit largement.
- Allez, tu ne vas pas tirer la tronche parce que tu as eu la confirmation qu’Andreas peut être un beau salaud… C’est pas très agréable, je te l’accorde, mais je te promets que tu ne vas pas en crever !

Jake qui vient de se lever à son tour acquiesce avec un léger hochement de tête avant de braquer sur moi ses yeux reflétant un calme habituel. Je me demande parfois comment un homme peut regrouper à la fois douceur et dureté.
- Je sais que t’as raison, je réponds au jeune brun. Ca m’énerve, c’est tout.
Mes mensonges deviennent de plus en plus convaincants, avec le temps…
















