
Lyra
Je me réveille doucement, très doucement. La lumière qui filtre à travers les fenêtres me tire de mon sommeil alors que je me relève à demi.
L’espace d’un instant, je ne comprends plus rien. Je ne suis ni dans mon lit, ni dans ma chambre, ni même chez moi. Ces deux grandes portes fenêtres qui donnent sur un petit balcon ne me sont que très vaguement familières, quant à la pièce en elle-même… Oui, peut-être bien qu’elle me dit quelque chose.
Une sorte de flash me traverse l’esprit, et soudain je me souviens. La soirée, un peu d’alcool, une danse, des baisers et du sexe… Un sentiment de désespoir, des larmes, de la stupidité. De l’amour non partagé.
Je prends ma tête entre mes mains.
- Mais bordel, qu’est-ce que j’ai fais…

Une seconde. Deux secondes. Trois secondes. Mon cœur se met soudain à battre très vite alors qu’une pensée pour le moins gênante me traverse l’esprit. Je tourne brusquement le visage à me droite, et constate avec un soulagement mêlé à une pointe de douleur que je suis bel et bien seule. Il n’est pas là. Il ne m’a pas entendue.
Évidemment, qu’Andreas est déjà levé. Il se fiche totalement de moi et de ce que je représente. Combien d’autres sont passées sur ce lit, avant moi, combien d’autres ? Seulement, je pense pouvoir me distinguer d’elles grâce à un seul et unique critère. Je ne me suis pas bercée d’illusions. Hier soir, je savais… Je savais ce que nous étions en train de faire, que ce n’était pas de l’amour, qu’il se foutait de moi. Je savais tout ça et je l’avais laissé faire, parce que j’étais, et que je suis toujours, conne, pitoyable, idiote, et par-dessus tout amoureuse.

Oui amoureuse de quelqu’un qui ne semble même pas au courant de l’existence de ce sentiment. C’est quelque chose de douloureux, très douloureux. Je l’aime mais je me tais, parce que je sais très bien ou ces sentiments vont me mener… A ma propre perte. Comme je l’ai deviné depuis le début. C’est lui qui a entamé ma chute, et il m’a accompagnée au début, le temps d’obtenir ce qu’il désirait. A présent, je suis seule, entièrement seule.
C’est pourquoi je me bloque. Ce que j’éprouve ne doit plus être. Je ne dois même plus le ressentir.
Aujourd’hui, je vais descendre, et affronter les sarcasmes et moqueries d’Andreas qu’il ne se gênera pas de lancer. Et je ne montrerai à personne, sûrement pas à lui, que cela me touche. Si quelqu’un me demande ce qu’il s’est passé hier soir, et bien, je réponds que…
J’ai tiré mon coup, aussi bien que lui.

L’amour, ce n’est pas pour moi, et ça je le sais depuis longtemps. Et ce que j’éprouve pour ce blond dont la méchanceté croît au fur et à mesure que j’apprends à la connaître est tout, sauf sain. Après tout, peut-être ai-je une chance… Peut-être ces sentiments que je ressens ne sont-ils pas aussi authentiques que ce que je le pense… Ce qui soulagerait bien mon cœur meurtri. Et puis après tout, je l’ai cherché… Moi qui peut d’ordinaire me vanter de posséder un caractère indépendant, voilà que cet homme l’a réduit à néant, à ses dépends. Je l’ai laissé agir sans même chercher à le repousser une seule seconde. Constater à quel point je suis démunie face à lui me déchire. L’amour, le vrai, ce n’est pas ça…















