
– Salut ! Me lance-t-elle, joyeuse.
Quelque chose en elle me semble très différent. Un je ne sais quoi, une expression moins assaillie par l’angoisse et le doute, peut-être. Elle me semble beaucoup plus affirmée, beaucoup plus femme. Et ne me fait toujours aucun effet. Je crois bien que j’aurais aimé tomber amoureux d’elle, car je la sais sincère. Elle aurait été là…
Mais elle n’est pas Emily, ce qui me semble plus ou moins problématique.
- Salut, je réponds avec un sourire.

Jeffer m’adresse un signe de tête gracieux que je lui rends sans plus attendre. J’ai beau ne pas le connaître vraiment, je dois avouer qu’il m’avait bluffé, lorsqu’il m’avait tenu tête. Je crois bien qu’il possède un don, un sixième sens qui lui permet de cerner les gens très rapidement et justement. Beaucoup de choses de ce qu’il m’a dit me restent en mémoire. Peut-être n’auront-elles jamais aucun impact, mais au moins, je les ai entendues et écoutées.
Je ne sais pas vraiment s’il est celui qui lui convient le plus, mais c’est un type bien. Sans doute le plus sain de nous tous, et peut-être bien le plus mûr. Celui qui ne cache pas derrière lui d’expérience spécialement traumatisante, mais qui ne prend pas forcément la vie à la légère. Je crois qu’au fond de moi, j’envie ce type que je connais à peine. J’envie sa simplicité et son intelligence.

- Tu danses ? Me propose alors Tess.
J’hésite quelques peu, cherche une quelconque indication de la démarche que j’ai à suivre dans le regard sage de Jeffer, qui semble me crier « t’es un grand garçon, fais comme tu le veux ».
Je me rends compte que je suis idiot. Quels que soient ses sentiments pour moi, elle reste l’une de meilleures amies, et nous restons entourés de monde. Je ne pense pas qu’elle se risque à tenter quelque chose, et puis de toute façon, elle est habituée, avec moi, et sait à quoi s’en tenir. Un regard vers Emily fait irrémédiablement pencher ma réponse vers le positif. J’adresse un large sourire à Tess et nous nous avançons vers les personnes que nous nous apprêtons à imiter.

Elle se place devant moi et se met à gesticuler d’une manière un million de fois plus gracieuse que Camilla, qui elle semble maître dans l’art du « je danse n’importe comment » avec Andreas, qui lui le fait exprès. Nous connaissons tous ses réels talents de danseur.
- Je t’ai dit que je ne savais absolument pas danser ? Je préviens mon amie avec un sourire en coin.
Celle-ci se met à pouffer.
- Je te pardonne, va ! Lance-t-elle joyeusement.


















