41  posté le samedi 16 février 2008 17:28

 

Je passe une main dans ma poche, et en retire une petite liasse de billet. Et voilà le loyer, pour les quatre prochains mois à venir.

J’aurais un temps de sursis… Jusqu’à la prochaine fois.

Je n’ai pas envie d’aller dormir, surtout pas dans cette pièce occupée par ma sœur. Je m’assieds sur le canapé, rongée d’envie d’allumer la télé, ne le faisant pas, soucieuse de les réveiller tous.

Je tourne en rond. Je crois que c’est une bonne manière de résumer ma présence ici.

 

 

Je ne sais pas ce que j’attends, mais ce qui est sûr, c’est que je surveille son arrivée avec une vigilance hors du commun. Seulement, comment reconnaître ce « quelque chose », si l’on ne sait même pas ce qu’il est vraiment ?

Je fais la liste de ce qui pourrait correspondre à mes espérances.

Une issue de secours. De l’espoir. Du bonheur. De l’amour. Le pardon de chacun. Du réconfort. Une issue de secours… Une issue…

Je me rends compte du problème. Aucune de ces attentes n’est matérielle. Aucune de ces attentes n’est commerciale.

On ne peut pas attraper le bonheur à pleine main, on ne peut pas le sentir sous ses doigts. On le ressent à l’intérieur, quelque part au niveau du cœur.

 

 

Alors comment puis-je attendre indéfiniment quelque chose qui n’arrive qu’aux moments les plus impromptus ?

Je désespère. Je regarde une nouvelle fois mon poing, très fermement serré autour de l’argent. Je ne suis pas fière de moi. J’en ai même envie de me punir.

Comment est-ce que je peux souhaiter avancer, si tous mes pas tendent irrésistiblement vers le passé ?

Je remets les billets dans ma poche.

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42  posté le samedi 16 février 2008 17:32

 

– Tu joues les insomniaques ? Se moque gentiment une voix douce et basse derrière moi.

 

Je sursaute, jurant intérieurement. A quatre heures du matin, j’aurais vraiment pensé être la seule debout. Je lance un regard furibond injustifié vers la personne qui venait d’entrer.

Victoria se tenait devant moi, une main sur la hanche, dans son pyjama noir. Ma mauvaise humeur s’évapore un tantinet. Elle n’est pas celle qui m’exaspère le plus, ni la plus curieuse.

 

- Je suppose que j’ai ingurgité trop de café ! J’invente au quart de tour.

 

Elle sourit. Mais je la sais bien plus intelligente que ça, du moins, assez pour ne pas se laisser berner par mes racontars, mais l’horaire tardif joue en ma faveur, à ma plus grande satisfaction.

 

- L’air frais t’as fait du bien ? Me demande-t-elle, innocemment.

 

 

 

Et Merde ! Elle a remarqué que j’étais sortie. Peut-être est-elle plus éveillée et perspicace qu’elle ne le paraît. Je me mords la joue intérieurement.

 

- Ouais, beaucoup. Je simule un sourire.

 

Elle n’est absolument pas dupe, ses iris méfiantes le prouvent, mais je crois qu’elle a assez de jugeote pour ne rien dire. Peut-être y a-t-il, enfin de compte, quelqu’un ici pour respecter mon intimité. Quelqu’un qui comprends que certaines choses sont mieux laissées dans l’ombre de l’incertitude. Et elle n’a pas tort.

Elle s’assied, mais pas dans l'intention de s'éterniser.

 

 

 

- J'ai entendu du bruit, c'est pour ça que je suis sortie de la chambre, répond-t-elle à ma question silencieuse. Tu ne vas pas dormir ?

 

Je secoue vigoureusement la tête.

 

- Je n’ai pas vraiment sommeil.

 

Victoria hausse les épaules.

 

- Comme tu veux. Bonne nuit.

 

Je lui réponds, alors qu’elle à déjà parcouru la moitié du chemin vers la porte de sa chambre.

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43  posté le samedi 16 février 2008 17:39

Clint

 

Lorsque je me réveille, le jour est déjà levé. Même à moitié endormi, j’arrive à me rappeler que ça ne devrait pas être le cas. Je jure sans scrupules, avant de me lever précipitamment de mon lit. Au passage, j’emporte la couette avec moi qui tombe sur le sol, découvrant le corps peu vêtu de Victoria. Elle pousse un grognement peu amène, et tente de ramener vers elle un édredon qui n’existe plus. Elle à l’air un peu idiote.

J’arbore un sourire narquois, alors qu’elle ouvre les yeux, et tourne sa tête vers moi.

Son visage s’éclaire. Ma simple vue suffit à la rendre soudain plus joyeuse, et ça m’exaspère au plus haut point.

 

 

Je suppose qu’après la nuit qu’on venait de passer, je vais devoir accepter notre statut de couple pendant un minimum de temps pour ne pas me faire rejeter comme un salaud de première.

J’enfile un jean à la va-vite, quand j’entends les pas de Victoria derrière moi. Elle se colle à mon dos, enroulant mon torse de ses bras fluets.

Une attitude typique de la fille désespérément pot de colle. Je profite du fait que je sois de dos pour lever les yeux au ciel, avant de me retourner.

Je l’embrasse furtivement.

 

 

- Lâche-moi maintenant, je lui murmure d’une voix que je rends volontairement envoutante.

 

Ca marche si bien qu’elle n’est même pas vexé par mon rejet pourtant évident.

Je ne me gêne pas pour la détailler de haut en bas tandis que je suis sur le point d'enfiler une chemise. Pourquoi me priver d’un agréable spectacle lorsque celui-ci s’offre à moi comme un pauvre damné ? Je constate avec satisfaction que je n’ai pas perdu mon temps ce soir. Rien que la voir à moitié dénudée me donne des bouffées de chaleur incontrôlables.

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44  posté le samedi 16 février 2008 17:47

 

Je parcours les malheureux centimètres qui nous séparent, et l’attrape brusquement par la taille. Elle ne me repousse pas, bien entendu, et au contraire se colle à moi comme un vulgaire ruban adhésif.

Je l’embrasse, simple formalité avant de passer à l’acte. Mais Victoria semble considérer ce baiser comme important, vu la façon dont elle me le rend avec vigueur. Les longues embrassades comme au cinéma, ça n’a jamais été mon truc, mais je m’empêche de lancer une réplique cinglante.

Je crois que je me suis habillé pour rien. Je la fais tomber sur le lit, et elle me regarde avec des yeux ronds.

 

- Maintenant ? S’étonne-t-elle.

 

- Maintenant, je soupire, exaspéré.

 

Peut-être souhaite-t-elle que je lui fasse un dessin pour illustrer mes pensées ! Elle est éberluée par ma vivacité, mais ne s’en plain pas pour autant.

 

 

C’est comme ça, les femmes, ça ne pose pas de limites, et ça nous reproche d’être des salauds. N’est-ce pas une situation ironique ?

Comme pour me rendre raison, Elle m'attire vers elle et m'embrasse sans retenue.

Je ne sais pas comment elle fait pour céder au moindre de mes désirs. Ne voit-elle pas qu’aucun de mes geste n’est animé par une once d’amour, ni de tendresse ? Ne voit-elle pas que mes mouvements sont aussi mécaniques que ceux d’un robot ?

Je ne peux qu’apprécier cette dévotion, mais tout de même, je ne la comprends pas.

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45  posté le samedi 16 février 2008 17:55

 

La porte s’ouvre, et je ressens cet habituelle sensation de frustration extrême dès que je suis interrompu en plein élan. Victoria se relève à moitié, gênée à l’extrême, les joues s’empourprant de minutes en minutes. Moi, je ne trahi rien, me relevant du lit, et croisant les bras.

 

- Quoi ? Je lance avec mauvaise humeur, pas le moins du monde mal à l’aise.

 

Tess a la bouche légèrement entrouverte, les bras ballants de part et d’autre de son corps. Serait-elle surprise ? Un sourire narquois illumine une fois de plus mon visage.

 

- Euh, désolée, lance-t-elle en baissant les yeux, je… euh…

 

- Tu comptes bégayer pendant trois quart d’heure comme ça ou tu vas quand même dire quelque chose de censé ? Je l’agresse alors, de plus en plus en colère.

 

 

Elle recule d’un pas, à croire que ma froideur calculée me fait l’effet d’un bouclier, m’immunisant contre les intrus. Mais je ne considère pas Tess comme une intruse. C’est d’ailleurs l’une des rares. C’est pourquoi son expression blessée me touche. Je sais ce qu’elle ressent pour moi, et je sais également ce que je ressens pour elle. Et ce n’est pas le même amour. Elle est une petite sœur, et je suis un amant. C’est comme ça, même le temps qui passe ne peut rien y changer.

 

- T’es pas obligé de ton comporter comme une enflure ! M’accuse Tess d’un ton violent.

 

- Pardon, je m’excuse immédiatement. Tu as besoin de moi ?

 

- Non, laisse tomber, grogne-t-elle avant de disparaître derrière la porte.

 

Et merde ! Encore une fois, elle me prouve que je ne suis pas capable de me comporter de manière agréable. Je la rattrape, alors que Victoria me jette un regard accusateur. Si elle pense qu’entre elle et ma meilleure amie, je puisse hésiter, elle va déchanter très rapidement.

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